vendredi 31 août 2012

1.1 - Qu'est-ce que l'information ?

L'expression « système d'information » date du début des années 1970 et correspond à une situation historique particulière sur laquelle nous reviendrons. Avant cela il convient d'examiner de près le mot « information ».

Shapiro et Varian [36] considèrent que l'information, c'est l'ensemble des documents : ils suggèrent ainsi une synonymie entre « information » et « documentation ». La « théorie de l'information » de Shannon [35] associe à chaque document la mesure du nombre minimal de bits nécessaire pour le reproduire : l'information serait ainsi une mesure du volume de données non redondantes que le document contient. La « science de l'information » décrit les techniques qui permettent de classer un corpus de documents afin d'y trouver aisément ceux dont on a besoin. Ackoff [1] définit enfin l'information comme « les données qui sont traitées afin d'être utiles, et de répondre à des questions comme "qui", "quoi", "où" et "quand" ».

Ces définitions sont toutes critiquables. Parmi les documents qui comportent un nombre donné de caractères, ceux qui apporteraient selon Shannon le plus d'information seraient ceux dont les caractères ont été tirés au hasard car ils ne comportent aucune redondance. Cependant lorsqu'on est confronté à un document illisible ou incompréhensible le langage courant dit avec raison qu'il « n'apporte aucune information », quelle que soit sa longueur...

jeudi 30 août 2012

1.2 - Alliage et émergence

L'alliage de l'automate et du cerveau est un fait relativement récent. Il est utile d'ouvrir ici une parenthèse pour examiner les effets d'émergence qui résultent de la découverte d'un nouvel alliage.

Les alliages ne sont pas tous féconds mais certains d'entre eux ont des propriétés dont l'émergence, faisant apparaître des possibilités nouvelles, transforme le rapport entre la société humaine et la nature – et transforme la nature elle-même si on la définit comme « ce qui se présente comme outil ou comme obstacle devant les intentions humaines ».

Un alliage fécond n'est pas une « union accidentelle » mais une « union substantielle », (dans le langage de la philosophie) car il fait apparaître dans le monde de la nature un être radicalement nouveau : ainsi l'acier, obtenu par alliage du fer et du carbone, fait émerger un métal plus rigide que le fer car les atomes de carbone s'intercalent entre les atomes de fer et entravent leur glissement.

L'alliage de la société humaine et de la production au début du néolithique a fait émerger l'échange, les villes, la comptabilité, l'écriture, bref la civilisation – et aussi la guerre, car le cheptel et les stocks de semences étaient des proies tentantes pour les razzias.

L'alliage de la machine et de la main humaine (« main d’œuvre »), survenu au XVIIIe siècle en Grande-Bretagne, a fait émerger la société industrielle avec les usines, le salariat, la lutte des classes, l'extension des systèmes éducatif et de santé, l'impérialisme et le colonialisme, enfin les guerres mondiales du XXe siècle.

mercredi 29 août 2012

1.3 - L'évolution de l'entreprise

Quand, dans une société civilisée, une mission jugée nécessaire ou opportune dépasse les capacités d’un individu, une institution est créée pour organiser le travail de plusieurs personnes : administration, armée, systèmes éducatif et de santé etc. Dès qu'une action dépasse la sphère étroitement personnelle (se laver les mains...) elle suppose l'intervention d'une institution : le livre, écrit par un auteur individuel, n'atteint ses lecteurs que s'il passe par un éditeur ou tout au moins par le Web. L’État est l'institution des institutions : sa mission consiste à définir les institutions nécessaires, puis à faire en sorte qu'elles remplissent leur mission.

Pour pouvoir assurer sa mission une institution doit bâtir une organisation : définition des règles et procédures, découpage en entités spécialisées dans un domaine de compétences, etc. : ainsi la mission s'incarne dans le monde réel où elle devient capable de produire des effets eux-mêmes réels. Il arrive cependant souvent que l'organisation tende à s'émanciper de la mission, et la trahisse pour favoriser sa propre logique (croissance, privilèges etc.) : il arrive que l'institution militaire tourne ses armes contre son propre pays pour y prendre le pouvoir. L'institution est ainsi le théâtre d'une dialectique entre la mission et l'organisation.

On nomme entreprise l'institution dont la mission est de produire des biens et services marchands qui seront donc achetés ou loués par des consommateurs pour satisfaire leurs besoins.

Le concept fondamental : l'activité
Toute entreprise est un être vivant : elle naît, croît, évolue, enfin elle meurt ; elle conjugue divers aspects (juridique, économique, technique, sociologique etc.). On ne saurait donc réduire cette complexité organique à une « essence », à une définition.

lundi 27 août 2012

Chapitre 2 : Structure du système d'information

L’expression « système d’information » (SI) n’est apparue qu’à la fin des années 1960 lorsque les entreprises se sont appuyées sur l’automate programmable que l’on nomme « ordinateur » pour stocker, traiter et utiliser des données.

L'alliage entre l’automate et l’organisation de l’action humaine doit obéir aux exigences pratiques de la rationalité, auxquelles la plate-forme informatique ajoute ses propres exigences, de nature physique.

L’ingénierie du SI demande donc des méthodes et démarches plus explicites que celles dont les entreprises avaient pu se contenter avant l’informatisation. Pour répondre aux exigences de l’action, elle s’appuie sur quatre techniques toutes également nécessaires et qui s’empilent en quatre couches au dessus de la plate-forme informatique : langage, action, contrôle, stratégie.

Les quatre couches du SI forment un cercle
L’ingénierie sémantique définit le langage de l’entreprise avec l’administration des données et les référentiels ; l’ingénierie des processus structure l’action productive avec la pensée procédurale et la modélisation ; l’ingénierie du contrôle éclaire le pilotage avec les indicateurs et tableaux de bord ; l’ingénierie d’affaires concrétise l’orientation stratégique et le positionnement de l’entreprise. L’ingénierie du SI ne se confond donc pas avec l’ingénierie de l’informatique qui, avec l’architecture des logiciels et le dimensionnement des ressources, fournit sa plate-forme à l’informatisation de l’entreprise : l’informatique et l’informatisation sont dans un rapport analogue à celui qui existe entre la construction navale et la navigation.

L’alliage de l’automate et du cerveau, devenu ubiquitaire grâce au réseau, a transformé notre rapport à l’espace et au temps ainsi que notre façon de penser et d’agir : il a ainsi fait émerger autant de dangers nouveaux que de possibilités nouvelles. Mais l’informatisation a été trop rapide pour qu’aient pu mûrir les savoir-faire et savoir-vivre qu’elle réclame aux informaticiens, dirigeants et utilisateurs : c’est ce qui explique que les projets informatiques connaissent encore, comme le montrent les enquêtes du Standish Group, un taux d’échec qui ne serait toléré dans aucun autre domaine de l’ingénierie : seuls 25 % des projets aboutissent dans les délais et pour un coût conforme au budget, 25 % n'aboutissent pas du tout, et 50 % aboutissent, mais avec un dépassement important (multiplication par trois) du délai et du coût.
  1. Ingénierie sémantique
  2. Ingénierie des processus
  3. Ingénierie du contrôle
  4. Ingénierie stratégique
  5. Les méthodes
  6. Le système d'information et l'informatique

dimanche 26 août 2012

2.1 - Ingénierie sémantique

Si l’on fait abstraction de la complexité de la plate-forme et de la diversité des « applications », un SI peut sembler très simple. Alimenté par des « données » que quelqu’un saisit, il les traite pour produire des « résultats » puis conserve données saisies et résultats afin qu’ils puissent être consultés : un utilisateur ne fait jamais que lire, écrire et lancer des traitements.

Une donnée, c'est le couple que forment une définition (ou concept) et une mesure, la mesure étant caractérisée par le type de la donnée ainsi que par la périodicité et le délai de ses mises à jour. Une donnée se transforme en information lorsqu’elle est communiquée à un être humain capable de l’interpréter.

À la base de tout SI se trouvent ainsi des choix qui déterminent un langage : il faut choisir les êtres qui seront observés pour être représentés dans le SI, puis les attributs que l’on observera sur ces êtres, et ainsi faire abstraction de tout le reste du monde réel. Le mot « donnée » est donc trompeur : la définition et la mesure sont toutes deux produites de façon sélective par l’observateur humain et non « données » par la nature.

Les concepts doivent obéir au critère de pertinence, c’est-à-dire d’adéquation à l’intention volontaire qui oriente l’action : la qualité sémantique d’un SI est le premier critère de son « alignement stratégique ».

Pour comprendre de quoi il s’agit, considérons la vie quotidienne. Quelqu’un qui conduit une voiture ne doit retenir, dans la continuité de son champ visuel, que les signaux utiles à la conduite et donc faire abstraction des autres signaux. Cette abstraction ne prédétermine pas la couleur d’un feu de signalisation dont l’observation fournit, dans le cadre subjectif mais pertinent que délimite l’abstraction, une donnée objective que le conducteur transformera en information, puis traduira en décision et enfin en action effective.

samedi 25 août 2012

2.2 - Ingénierie des processus

Pour pouvoir informatiser un processus il faut disposer d’un langage de modélisation qui permette à chacune des parties concernées de s’exprimer pleinement et qui fournisse à l’informatique des spécifications exactes : c’est le but d’UML (Unified Modeling Language) (Booch, Jacobson, Rumbaugh et Rumbaugh [3] ; Roques et Vallée [32]).

Démarche de modélisation

La démarche de modélisation a été standardisée par l’OMG (Object Management Group) avec la MDA (Model Driven Architecture) (Miller et Mukerji [21]). Elle procède par enrichissement progressif sans bousculer l’ordre des étapes [« L’optimisation prématurée est la racine de tous les maux » (Knuth [17])] : il ne faut pas se lancer dans la modélisation proprement dite sans disposer de l’expression de besoin, ni documenter les cas d’utilisation avant d’avoir produit le diagramme d’activité etc.

Chaque étape aboutit à une livraison qui doit être validée par les parties prenantes pour éviter un effet de tunnel dans la modélisation, et cette validation conditionne le passage à l’étape suivante [L’effet de tunnel doit être évité également dans la réalisation : si l’automatisation du processus requiert un travail lourd (et donc long) il faut définir des « livrables exploitables », produits intermédiaires que l’on pourra mettre en exploitation dans les mains des utilisateurs].


Il faut associer plusieurs techniques informelles et formelles pour saisir les diverses facettes du problème sans le dénaturer, puis pour le détailler dans un modèle que l’on pourra ensuite préciser et modifier. Cela permet de s'adresser à des interlocuteurs ayant des intuitions de forme différente.

Il se peut que l’on découvre lors d’une étape des contraintes qui obligent à réviser le résultat des étapes antérieures. Si la documentation est correcte, si les outils facilitent la cohérence entre les étapes, si le modèle est modulaire, le travail nécessaire à ces révisions restera raisonnable.

Une fois l’expression de besoin formulée, il convient d’établir le dictionnaire du domaine considéré ; puis une approche systémique en fournit une vue globale. La définition des modèles conceptuels, enrichie par la prise en compte des règles de gestion, accompagne la modélisation. Enfin, les cas d’utilisation détaillent ce que le modèle doit effectuer au sein du système global.

Tout comme une base de données le modèle est un être informatique que personne ne peut apercevoir dans son entier mais seulement à travers des « vues » adaptées chacune à une catégorie d’interlocuteurs et qui en révèlent un aspect particulier. Ces vues sont fournies par des diagrammes : nous présenterons les principaux d’entre eux.

vendredi 24 août 2012

2.3 - Ingénierie du contrôle

Il ne suffit pas d’avoir un bon SI : il faut aussi qu’il soit convenablement utilisé. Il faut donc former les utilisateurs lorsqu’on déploie une nouvelle composante du SI (lorsque les effectifs sont importants, la formation suppose une logistique complexe) puis leur fournir des outils de documentation et d’auto-apprentissage.

Il faut encore, par la suite, observer la façon dont le SI est utilisé. Les indicateurs que fournissent les processus seront rassemblés dans des tableaux de bord quotidiens qui servent au manager opérationnel de chaque entité locale pour contrôler la qualité du travail et la bonne utilisation des ressources [contrairement au tableau de bord du comité de direction (cf. ci-dessous) ces tableaux de bord quotidiens sont bruts de toute correction statistique].

Il est utile d’observer ce qui se passe entre l’agent opérationnel et son poste de travail : des inspections sur le terrain permettent de détecter des pratiques ingénieuses, qu’il convient de généraliser, et aussi de mauvaises pratiques qu’il faudra redresser en introduisant des compléments et corrections dans la formation et la documentation (il ne faut pas réprimander l’agent qui travaille mal ni chercher à corriger à chaud sa façon de faire car bientôt les inspections ne seraient plus possibles, les agents étant sur leurs gardes).

Indicateurs de contrôle

Enfin, il faut réaliser une enquête périodique sur l’utilité du SI pour la pratique professionnelle en s’appuyant sur la nomenclature des cas d’utilisation et en demandant aux utilisateurs d’évaluer l’aide que le SI leur apporte. Cette enquête permet de repérer et de corriger des défauts dont les concepteurs du SI ne s’étaient pas avisés.

Beaucoup d’entreprises négligent les inspections sur le terrain et au lieu d’une enquête sur la satisfaction des utilisateurs elles se satisfont d’indicateurs toujours proches de 99,8 % sur la disponibilité des unités centrales, ou encore de données sur les pannes de service qui, quoique plus proches du terrain, ne renseignent pas vraiment sur la qualité du SI : celle-ci ne peut être évaluée qu’en examinant ce qui se passe, autour de l’interface homme-machine, dans la relation entre l’opérateur humain et l’automate.

jeudi 23 août 2012

2.4 - Ingénierie stratégique

On parle d’« alignement stratégique du SI » comme si la stratégie préexistait au SI mais leur relation est dialectique : si à une stratégie, orientation de l’action, correspond un SI qui permette effectivement cette action, les possibilités qu’offre le SI conditionnent en retour l’action et donc la stratégie elle-même. L’alignement doit donc être mutuel.

Stratégie et sémantique

La stratégie d’une entreprise s’exprime en termes de gamme de produits, de segment de marché, de choix techniques – bref, de « positionnement ». Pour faire évoluer le positionnement ou, ce qui revient au même, pour énoncer des arbitrages et indiquer des priorités, le seul outil du stratège est sa parole, confortée par la légitimité de sa fonction.

La relation entre la stratégie et le SI transite donc par la sémantique : l’entreprise ne peut s’engager dans la production d’un nouveau produit, dans la commercialisation sur un nouveau marché, que si ce produit, ce marché, ont été désignés à son attention en les nommant et en les introduisant dans les nomenclatures du SI. Ainsi la stratégie travaille les fondations du SI par le truchement de l’administration des données et, en retour, le SI diffuse dans toute l’entreprise le langage dans lequel elle s’exprime.

mercredi 22 août 2012

2.5 - Les méthodes

Les méthodes nécessaires au SI (le vocabulaire de la profession est emphatique et impropre : elle dit volontiers « méthodologie » pour méthode, « problématique » pour problème, « technologie » pour technique etc. ) ont fait l’objet d’un travail de formalisation et normalisation auquel de nombreux experts ont contribué.

Leurs auteurs mettent tous en garde : ces méthodes n’étant qu’indicatives, il ne convient pas de les suivre à la lettre. Cependant des chefs de projet, des DSI, des entreprises souhaitent acquérir des « certifications » qui, pensent-ils, garantiront leur efficacité, les favoriseront dans la compétition et, éventuellement, leur procureront un alibi en cas d’échec.

L’usage défensif des méthodes incite à un formalisme stérile : des contrats se substituent à la coopération et à l’animation, des documents inutiles s’accumulent, les procédures dévorent un temps précieux.

Pour accomplir l’une des tâches que réclame le SI (urbanisation, modélisation, conduite de projet etc.) le bon usage requiert de chercher d’abord une solution de bon sens pour définir une première version de la démarche. Une fois ce travail effectué, il faut se tourner vers les méthodes pour s’assurer que l’on n’a rien négligé d’important, corriger la solution et modifier la démarche : les méthodes jouent alors le rôle utile d’un garde-fou.

Voici quelques-unes des méthodes les plus connues :
  • PMBOK (Project Management Body of Knowledge du Project Management Institute [30]) est une méthode de conduite de projet ;
  • CMMI (Capability Maturity Model + Integration du Software Engineering Institute [38]) est une méthode pour qualifier l’entreprise en conduite de projet ;
  • COBIT (Control Objectives for Information and related Technology de l'Information System Audit and Control Association (ISACA) [16]) traite de la « gouvernance » du SI, c’est-à-dire des formes d’organisation et procédés qui permettent à l’entreprise d’assurer la pertinence du SI et son efficacité ;
  • ITIL (Information Technology Infrastructure Library de l'United Kingdom’s Office of Government Commerce [39]) considère la mise en œuvre du SI et la qualité du service rendu à l’utilisateur.
Les méthodes énumèrent les choses à faire mais n’indiquent pas comment les faire. Elles proposent par exemple une liste de documents à établir mais il ne suffit pas qu’un document existe, il faut encore que ceux qui le consultent puissent l’interpréter sans un gros effort de déchiffrement. On voit trop souvent des documentations formellement conformes à la méthode mais pratiquement illisibles, et dont la seule utilité est donc de pouvoir prétendre que l’on a « suivi la méthode ».

mardi 21 août 2012

2.6 - Le système d'information et le système informatique

Le SI organise la coopération de l’automate et du travail humain. La physique de l’automate, qui réside tout entière dans le système informatique, s’exprime en termes de mémoires, processeurs, logiciels et réseaux.

Le directeur de l'informatique (que l'on a coutume d'appeler DSI) a fort à faire pour diriger et coordonner des spécialités différentes :
L'organigramme de la DSI
La définition et la maîtrise du système informatique relève de techniques spécifiques, différentes de celles qui concernent le SI et que nous venons de décrire. La conception d’un SI ne peut cependant pas les ignorer : ses exigences doivent être formulées en des termes que l’informatique puisse prendre en considération.

À la volumétrie des données et aux exigences de performance (délai de traitement et d’affichage) répond le dimensionnement des ressources (taille des bases de données, puissance des moniteurs transactionnels et processeurs, débit des réseaux). À la complexité des traitements répond l’architecture des systèmes d’exploitation, langages de programmation, composants logiciels et algorithmes.

Des pare-feux et « zones démilitarisées » protègent les données contre la malveillance et l’indiscrétion ; des systèmes de réplication à distance (back up) les protègent contre les désastres d’origine naturelle (inondations, tremblement de terre etc.). La qualité des données, déjà évoquée, doit être assurée par la programmation des réplications nécessaires. Les logiciels doivent comporter les procédures de reprise automatique et de fonctionnement en régime dégradé qui aident à assurer la continuité du service en cas de défaillance de l’automate ou de rupture du réseau.

lundi 20 août 2012

Chapitre 3 : La société informatisée

Cette partie du cours reprend l'article « Maîtriser l'informatisation pour renforcer la compétitivité de la France » in Laurent Faibis et alii, La France et ses multinationales, Xerfi 2011.

Barack Obama lui-même dit que c'est l'informatisation qui a changé le monde, et non la finance ni la politique. Mais comme son propos manque de précision les conséquences pratiques qu'il convient d'en tirer n'apparaissent pas clairement (voir « L'ordre économique mondial a changé, selon Obama », Challenges, 27 janvier 2011). Or c'est de précision que nous avons besoin pour agir de façon judicieuse dans un monde que l'informatisation a bouleversé.

Voici la vidéo de la présentation (dix minutes) :

La France, comme les autres grands pays avancés, subit une crise provoquée par la transformation de son système productif. L’informatisation fait en effet émerger depuis le milieu des années 1970 un « système technique contemporain » (STC) fondé sur la synergie de la microélectronique, du logiciel et du réseau. Les pays avancés, qui s'appuyaient naguère sur la synergie entre la mécanique, la chimie et l'énergie, sont en cours de transition vers ce nouveau système technique.

vendredi 17 août 2012

Annexes

Nous reproduisons ici des documents dont la lecture peut être utile à titre de complément au cours. Le cours oral a d'ailleurs fait appel au contenu de certains d'entre eux.

A.1 - Dynamique et enjeux de l'iconomie

A.2 - Réindustrialiser la France par l'informatisation et l'automatisation

jeudi 16 août 2012

A.1 - Check-list du système d'information

Pour dépanner un moteur il faut rechercher d'abord les pannes les plus fréquentes, puis aller progressivement vers les plus rares (d'abord l'allumage ; puis le filtre à air ; puis l'alimentation en essence ; puis le carburateur, etc.). En moyenne, on arrive ainsi à dépanner plus rapidement.

La "check-list du système d'information" nous permet d'évaluer la qualité d'un système existant et de prescrire les mesures qui permettront de le "dépanner". Elle commence par l'examen de ce qui se passe sur le poste de travail des utilisateurs ; puis elle fait un saut à l'autre extrémité du système d'information pour examiner le système d'aide à la décision. Ayant pris ainsi le SI en tenaille, elle passe à son architecture (organisation des responsabilités, sémantique). Enfin, elle considère la maîtrise du système information du point de vue de l'évolution fonctionnelle, de la plate-forme technique et de l'économie.

A.2 - Dynamique et enjeux de l'iconomie

L'iconomie est une économie qui, par hypothèse, serait mûre en regard des possibilités et des risques qu'apporte le « système technique contemporain » bâti sur l'informatique et l'Internet ou, plus fondamentalement, sur la microélectronique, le logiciel et le réseau [1]. L'iconomie est donc une « économie-fiction », mais c'est aussi un but que le politique peut assigner à l'économie actuelle et vers lequel la stratégie des entreprises peut s'orienter.

En quoi l'iconomie diffère-t-elle de l'économie à laquelle nous nous sommes habitués et que des modèles familiers schématisent efficacement ? D'abord par l'automatisation des actes répétitifs que demande la production, qu'ils soient mentaux ou physiques : ce fait a été remarqué dès les débuts de l'informatisation [2]. Puis par la suppression des effets de la distance géographique dans le cyberespace, qui est à la fois le lieu d'une création documentaire affranchie du filtre éditorial, un moyen de communication et un média : c'est une autre évidence.

Il y a là déjà de quoi nourrir une analyse économique originale mais le phénomène essentiel est la forme que prend dans l'iconomie la fonction de coût. Elle comporte en effet des rendements d'échelle croissants et c'est là une nouveauté bouleversante. John Hicks, qui fut sans doute le meilleur économiste du XXe siècle, n'estimait-il pas que renoncer à l'hypothèse des rendements décroissants entraînerait le naufrage de la théorie économique [3] ?

Il est pourtant possible de raisonner en économiste sur l'iconomie, mais à condition d'ajuster certaines hypothèses. L'iconomie n'est pas sous le régime de la concurrence parfaite mais sous celui de la concurrence monopoliste [4], et il s'agit d'une dynamique plus que d'un équilibre. Nous ne sortons donc pas de la théorie économique mais nous inversons l'ordre habituel du cours d'économie, qui place la concurrence parfaite dans le premier chapitre et la concurrence imparfaite dans le dernier. Ce faisant nous changeons la perspective de politiques qui, trop paresseux peut-être, ne semblent avoir étudié que le premier chapitre du cours.

Ce modèle, quand on développe ses implications, explique certains phénomènes qui signalent déjà l'émergence de l'iconomie [5] dans l'économie contemporaine.

mardi 14 août 2012

A.4 - Lectures utiles

1) Pour situer l'informatisation aux plans anthropologique et géopolitique :

Daniel Yergin, The Prize, Free Press, 2008 : ce livre est consacré à l'histoire de l'industrie pétrolière. Il ne s'agit donc pas de système d'information, mais cette histoire est analogue, du point de vue économique et géopolitique, à celle de l'informatisation. La lecture de cet ouvrage peut donc, outre son intérêt propre, nourrir une réflexion prospective.

Michel Goya, La chair et l'acier,Tallandier, 2007 : l'armée française a dû pendant la guerre de 1914-1918 redéfinir entièrement sa stratégie et sa tactique, concevoir aussi de nouvelles armes et leur doctrine d'emploi. L'effort intellectuel que cette évolution a exigé, les résistances qu'il a rencontrées, les habitudes qu'il a dû surmonter : l'analogie est forte avec l'informatisation et on peut en tirer des leçons utiles.

2) Pour comprendre le phénomène historique de l'informatisation :

Tracy Kidder, The Soul of a New Machine, Atlantic-Little Brown 1981 :

Steven Levy, Hackers, Delta Publishing,1994 : les hackers des années 1960 n'étaient pas des pirates, mais des passionnés qui consacraient leur vie à l'informatique. Nous leur devons l'ordinateur personnel et une foule d'autres réalisations essentielles.

Michael Hiltzik, Dealers of Ligthning, Harper Business, 1999 : l'histoire du PARC, le centre de recherche de Xerox à Palo Alto, où furent dans les années 1970 inventés les éléments essentiels de l'informatique des décennies suivantes : le réseau local Ethernet, l'interface graphique avec fenêtres et menus déroulants, l'imprimante à laser etc.

Katie Hafner et Matthew Lyon, Where Wizards Stand Up Late, Touchstone, 1996 : comment l'Internet a été inventé, les étapes de sa mise en place et de son succès.

Walter Isaacson, Steve Jobs, JCLattès, 2011 : biographie d'un homme dont la stratégie s'articule autour de trois priorités : design, ingénierie, communication.

3) Pour ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances en informatique :

Harold Abelson et Gerald Jay Sussman, Structure and Interpretation of Computer Programs, MIT Press, 1996 : explorer tout ce que l'on peut faire avec un langage de programmation en utilisant le plus élégant d'entre eux, Scheme (issu de LISP).

lundi 13 août 2012

A.5 - Enjeux de la sécurité

Toute institution – qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’une administration – est dotée d’un « périmètre de sécurité » : il entoure les ressources qu’elle doit protéger contre les accidents naturels ou les attaques humaines.

Ce périmètre est évident dans l’espace physique : les locaux, les équipements, les documents et les personnes doivent être protégés contre les intempéries et les agressions.

Alors que la plate-forme du système d’information (ordinateurs et réseaux) se trouve dans le périmètre de sécurité physique, l’informatisation a procuré un nouveau périmètre de sécurité, moins évident : les données, systèmes d’exploitation et programmes informatiques se trouvent en effet dans le « cyberespace » ou « espace logique ». Comme les réseaux confèrent à celui-ci l’ubiquité géographique, la protection ne peut plus y être assurée par des bâtiments, des portes et des serrures [1].

vendredi 10 août 2012

Bibliographie

[1] Ackoff Russel, « Management Misinformation Systems », Management Science, 14, 1967

[2] Bianco Lucien, « Vingt-cinq ans de réforme rurale », Esprit, février 2004

[3] Booch Grady, Jacobson Ivar, Rumbaugh James, Rumbaugh Jim, The Unified Modeling Language User Guide, Addison-Wesley, 1998

[4] Boydens Isabelle, Informatique, normes et temps, Bruylant, 1999

[5] Breton Philippe, Une histoire de l’informatique, La Découverte, 1987

[6] Chelli Henri, Urbaniser l’entreprise et son SI, Vuibert, 2003

[7] Caulaincourt Armand de, Mémoires, Plon, 1933

[8] Debonneuil Michèle, L'espoir économique, Bourin, 2007

[9] Debreu Gérard, Theory of Value, Wiley, 1959

[10] Demotes-Mainard Magali, La connaissance statistique de l’immatériel, INSEE, 2003

[11] Fackler Martin, « Japan Goes from Dynamic to Disheartened» , The New York Times, 16 octobre 2010

[12] Gille Bertrand, Histoire des techniques, Gallimard, La Pléiade, 1978

[13] Guerrera Francesco, « Welch rues short-term profit 'obsession' », Financial Times, 12 mars 2009

[14] Guibert Bernard, Laganier Jean et Volle Michel, « Essai sur les nomenclatures industrielles », Economie et statistique, février 1971

[15] Hacker Jacob et Pierson Paul, Winner-Take-All Politics, Simon & Schuster, 2010

[16] Information System Audit and Control Association (ISACA), Control Objects for Information and related Technology, 2007

[17] Knuth Donald, The Art of Computer Programming, Addison-Wesley, 1997

[18] Krugman Paul, « America Goes Dark », The New York Times, 8 août 2010

[19] Longépé Christophe, Le projet d’urbanisation du SI, Dunod, 2004

[20] Mazur Robert, « Follow the Dirty Money », The New York Times, 12 septembre 2010

[21] Miller Joaquin et Mukerji Jishnu, MDA Guide, OMG, 2003

[22] Mounier-Kuhn Pierre-Eric, L’informatique en France, PUPS, 2010

[23] Mélèse Jacques, L’analyse modulaire des systèmes de gestion, Hommes et Techniques, 1972

[24] von Neumann John, The Computer and the Brain, Yale Nota Bene, 2000

[25] Nora Simon et Minc Alain, L'informatisation de la société, La documentation française, 1978

[26] Nye Joseph, Bound to Lead: the Changing Nature of American Power, Basic Books, 1990

[27] Peaucelle Jean-Louis, Adam Smith et la division du travail, L'Harmattan, 2007

[28] Peaucelle Jean-Louis, Informatique rentable et mesure des gains, Hermès, 1997

[29] Printz Jacques, Coût et durée des projets informatiques, Hermès, 2001

[30] Project Management Institute, Project Management Body of Knowledge Guide, 2008

[31] Richardson Leonard et Ruby Sam, RESTful Web Services, O’Reilly, 2007

[32] Roques Pascal et Vallée Franck, UML en action, Eyrolles, 2003

[33] Sassoon Jacques, Urbanisation des systèmes d'information, Hermès, 1998

[34] Saviano Roberto, Gomorra, Gallimard, 2007

[35] Shannon Claude E., « A mathematical theory of communication », Bell System Technical Journal, juillet-octobre 1948

[36] Shapiro Carl et Varian Hal, Information Rules, Harvard Business Press, 1998

[37] Simon Herbert, The Sciences of the Artificial, MIT Press, 1969

[38] Software Engineering Institute, Capability Maturity Model Integration (CMMI), 2007

[39] United Kingdom’s Office of Government Commerce - Information Technology Infrastructure Library (ITIL), 2007

[40] Verini James, « The Great Cyberheist », The New York Times, 10 novembre 2010

[41] Volle Michel, e-conomie, Economica, 2000

[42] Volle Michel, De l’Informatique, Economica, 2006

[43] Volle Michel, Prédation et prédateurs, Economica, 2008

Sites Internet

Information System Audit and Control Association (ISACA), www.itgi.org.

Object Management Group (OMG), http://www.omg.org/

Project Management Institute, http://www.pmi.org/

Software Engineering Institute, www.sei.cmu.edu

Standish Group, http://www.standishgroup.com/

United Kingdom’s Office of Government Commerce, www.itil.co.uk

Codecademy, www.codecademy.com

Normes et standards

OMG Model Driven Architecture http://www.omg.org/mda/

World Wide Web Consortium http://www.w3.org/

Annuaire

Club informatique des grandes entreprises françaises (CIGREF) http://www.cigref.fr

Club des maîtres d’ouvrage des systèmes d’information http://www.clubmoa.asso.fr

Club des pilotes de processus http://www.pilotesdeprocessus.org/

Club Urba-EA http://www.urba-ea.org